Cameroun : des multinationales se battent autour des ordures ménagères à Yaoundé

Les quatre entreprises, une camerounaise et trois étrangères, ayant soumissionné pour l’appel d’offres international ouvert par la communauté urbaine de Yaoundé (CUY) du 27 décembre 2017 attendent le verdict du jury le 22 juin 2018.

Hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam), l’entreprise espagnole BTD Urbaser, la Chinoise Changyi Kanejie Assainissement Engineering Co. Ltd et la Portugaise Urbandna/Ambiafrica/Lipor sont les quatre sociétés spécialisées dans la collecte, le transport et le traitement des ordures ménagères ayant déposé leurs dossiers d’appel d’offre (DAO) à la CUY. Si l’on s’en tient aux conclusions de la séance de dépouillement qui s’est déroulée récemment, sur la forme, toutes sont au même pied d’égalité.

Cet exercice pourrait sonner le glas pour Hysacam qui détenait jusqu’alors le monopole dans cette activité au Cameroun. A l’heure de la concurrence, son bilan ne semble pas jouer en sa faveur. A Yaoundé par exemple, un des conseillers techniques à la CUY explique à nos confrères de http://afrique.le360.ma que « 40% des ordures ménagères produites chaque année se retrouvent dans les cours d’eau parce que les camions d’Hysacam n’accèdent pas à certains quartiers ». Et dans sa parution du jeudi 14 juin 2018, le bihebdomadaire Essingan réalise une enquête intitulée « Yaoundé plongée dans des ordures ». Dans laquelle le journal expose « la réponse d’Hysacam » sous la forme de « 55 des 211 camions attendus fin 2017 réceptionnés le 5 juin 2018 ». Entre-temps, l’entreprise dirigée par Michel Ngapanoun se plaint toujours de « retards de paiement » pour exciper son incapacité à respecter ses engagements contractuels.

Au-delà de ces récriminations financières qui exposent la faiblesse de la surface financière d’Hysacam, cette société ne s’est jamais adaptée aux évolutions démographiques des communes camerounaises avec lesquelles elle est liée par des contrats qui s’étalent généralement sur cinq ans. Le bihebdomadaire Essingan rapporte à ce sujet les propos du directeur général d’Hysacam, Michel Ngapanoun : « […] Si en 1970, Douala avait besoin de 10 camions pour le ramassage des ordures, de nos jours il en faut plus. »

Reformulation du DAO

En face, la concurrence la plus rude vient de BTD Urbaser. Pour démontrer son expertise avérée en la matière, le 16 avril 2018, l’entreprise espagnole suggère au délégué du gouvernement auprès de la CUY « la reformulation du DAO ». Elle observe que « de grandes différences existent entre la production des déchets et les attentes exprimées ». Par ailleurs, en notant que « le DAO n’intègre pas la participation des ménages dans la collecte des ménages », BTD Urbaser indique que « le centre de transfert prévu à Mvan et le site de la décharge de Nkolfoulou sont des établissements classés dangereux ». Cette société évoque également « l’absence de visite de site dans le lot n°3 et d’étude d’impact environnemental complète ». Enfin, elle parle d’une faiblesse du DAO dans le manque de précisions des véhicules.

Ces « observations » renforcent le dossier de l’entreprise espagnole qui propose à la CUY « l’optimisation du système de collecte qui permet d’atteindre une couverture de 100% des services [au lieu des 73% fixés par le DAO], la mise en place de véhicules modernes adaptés aux besoins de la ville pour éliminer le besoin d’un centre de transfert et la gestion efficace de la décharge de Nkolfoulou dans un processus distinct mais complémentaire à celui de la gestion des déchets ».

BTD Urbaser revendique 28 ans d’activités d’abord sous l’appellation de Temed SA jusqu’en 2004. Présente dans 21 pays dans le monde, cette société, dont le chiffre d’affaires cumulé (CAC) est de 3 964 millions d’euros, soit environ 2600,384 milliards de FCFA. Elle compte sur des recettes propres d’environ 432,304 milliards de FCFA, soit près de 20% de son CAC, pour préfinancer ses activités. En Afrique, elle est présente au Mozambique, au Cap-Vert et en Angola pour des investissements dans le secteur de la collecte et du ramassage des déchets de l’ordre de 250 milliards de FCFA. C’est cette entreprise qui est la rivale la plus sérieuse d’Hysacam pour un marché de 40 milliards de FCFA à la CUY.

Le jeu trouble de la CUY

« Le renouvellement du contrat avec Hysacam est à l’heure actuelle la solution la plus adéquate pour résoudre le désagrément dû à la gestion des ordures ménagères », indique le chef du service environnement-hygiène à la CUY, Georges Mahou Nguimbous, dans une interview accordée au bihebdomadaire Essingan le jeudi 14 juin 2018. Pour lui, « c’est une entreprise qui est équipée et qui jouit d’une expérience avérée dans le domaine. Je pense que jusqu’à récemment encore, elle donnait satisfaction à la plupart des camerounais ». Plus grave, le responsable technique de la CUY anticipe déjà les résultats en dévoilant que « la signature d’un nouveau contrat, dont la procédure suit son cours, va assurément huiler ce mécanisme qui est actuellement grippé ». Cette sortie fait désordre en plein examen des DAO des différentes sociétés qui ont soumissionné pour l’appel d’offres international ouvert du 27 décembre 2017. Surtout que, comme pour justifier le ralentissement des activités d’Hysacam, M. Nguimbous argue que « lorsqu’un contrat touche à sa fin comme c’est le cas avec Hysacam, en général, aucune entreprise ne réinvestit tant qu’elle n’a pas de garantie pour l’avenir. On peut donc comprendre qu’à Hysacam, on soit certainement dans l’attente du résultat de l’appel d’offres qui a été lancé afin de savoir s’il faille à nouveau se déployer ou remballer son matériel ». Des explications qui renforcent la suspicion des autres concurrents : « Nous considérons cette interview comme une prise de position du maître d’ouvrage en faveur d’un des concurrents à l’obtention de ce marché. Cette posture pourrait influencer les résultats de cet appel d’offres. Cela donne l’impression que tout est déjà joué à l’avance et que nous ne sommes que des faire-valoir. » Et installent le doute dans les esprits.

Bernard Bangda, Cameroun

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