Cameroun : les postes de contrôle enrichissent les civils

Très souvent, ils sont employés par les éléments des forces de l’ordre, du péage routier, des Douanes et de la prévention routière à lever les herses. Contre un pécule journalier d’au moins 5 000 FCFA.

Dans la nuit du 23 au 24 septembre 2012, des hommes armés centrafricains abattent Emmanuel Mandjomi Moloh, un agent du centre régional des Impôts de l’Est en service ce jour au poste de péage et Jean Paul Alim, un jeune villageois qui l’aidait à tirer la herse. A l’observation, cet incident n’a eu aucun impact sur le comportement des éléments des forces de l’ordre et d’autres agents publics affectés au contrôle routier. Ils continuent d’employer de jeunes gens pour les aider à faire passer les véhicules. Moyennant un pécule.

Isaïe K., aujourd’hui instituteur, affirme avoir pu terminer sa formation grâce à ce travail au noir à la barrière de gendarmerie de Doumé. « Je recevais chaque jour la somme de 5 000 FCFA des gendarmes que j’aidais à lever la herse pendant les vacances scolaires. En travaillant même le week-end, je parvenais à avoir 150 000 FCFA par mois pendant trois mois », affirme notre interlocuteur. En attendant d’être contractualisé, Isaïe avait fait de cette activité sa principale source de revenus. Au point d’ouvrir un bar juste à côté du poste de contrôle. Comme lui, Jean-Claude A., élève en classe de première au lycée de Lomié, et originaire de Mindourou dans le Haut-Nyong, s’occupe également à cette activité rémunératrice pour s’acquitter de ses frais de scolarité. « C’est un de mes soutiens, un gendarme, qui m’a convaincu de me lancer dans l’aide au poste de contrôle. Après le décès de ma maman, le seul parent qui me restait, j’ai cédé et aujourd’hui, mes économies me permettent de subvenir aux besoins de mes frères et sœurs », justifie Jean-Claude.

A Garoua-Boulaï, l’activité se porte très bien malgré l’incident malheureux de septembre 2012. De temps en temps, l’on aperçoit un civil lever la herse au poste de contrôle de Yoko Siré situé à 8 km du centre-ville sur la route de Bertoua. A la frontière avec la République centrafricaine (RCA), les agents publics sont si occupés à rançonner les conducteurs de gros porteurs et les autres usagers qu’ils abandonnent la levée de herse aux civils (photo).

Ces quelques exemples constituent des échantillons d’un phénomène présent sur les routes de l’Est sujettes à un trafic intense. Qui est source de transactions dolosives entre usagers de la route et les agents publics aux postes de contrôle. Et constitue le socle des rémunérations obscures dont bénéficient les civils qui y sont employés. Sur les raisons justement du recrutement de ces civils, certains éléments des forces de l’ordre, du péage et de la prévention routière expliquent que « nous sommes obligés de solliciter les villageois parce que nous sommes souvent face à plusieurs véhicules au même moment. Pour ne pas se disperser, il a été convenu de cette sollicitation. Et comme tout travail mérite un salaire, nous sommes astreints de rémunérer nos aides. » Seulement, une rapide enquête dans les services concernés ressort que « le recrutement de civils aux postes de contrôle est prohibé ». Mais tous les responsables reconnaissent que « le phénomène est bien présent sur nos routes ». Sans décliner les stratégies élaborées pour le combattre. « Il est difficile de le faire puisque les postes de contrôle sont plutôt des postes de recettes occultes qui nourrissent des réseaux dont font partie nos chefs. Ce que nous donnons aux civils qui nous aident à lever les herses ne sont qu’une infime partie de ce que nous reversons à nos hiérarchies », confient sous anonymat certains agents publics que nous avons rencontrés sur les routes de l’Est.

Bernard Bangda, Cameroun

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