Cameroun – RCA : corruption à ciel ouvert à Garoua-Boulai

Dans cette localité camerounaise, frontalière avec la République centrafricaine (RCA), les flux commerciaux entre les deux pays amènent les agents en poste à multiplier des techniques pour toujours soustraire de l’argent tant aux usagers de la route qu’aux simples citoyens.

L’image est peut-être habituelle. Au point de devenir banale. C’est celle d’un agent public qui perçoit de l’argent d’un chauffeur derrière un dossier et le met dans sa poche. A Garoua-Boulaï, à la frontière entre le Cameroun et la RCA, ce manège est répété à chaque passage d’un des gros porteurs qui traversent la barrière des Douanes camerounaises à cet endroit. Comme dans un ballet bien huilé, gendarmes et policiers se relaient pour arnaquer les camionneurs. Certains conducteurs refusent de se soumettre à ce rançonnement. D’autres par contre ne rechignent pas à glisser un billet d’au moins 5 000 FCFA entre les doigts des agents qui récupèrent leurs dossiers. « Nous ne pouvons pas faire autrement. Avec ou sans dossier complet, tu vas seulement payer », souffle l’un des chauffeurs. « Malgré les ouvertures faites par nos dirigeants respectifs pour fluidifier la circulation des biens et des personnes dans la sous-région, il se trouve toujours des agents sur le terrain qui refusent de se soumettre à cette volonté politique », soutient un membre de la délégation centrafricaine venue en octobre 2015 se pencher sur les problèmes qui minent le transport entre nos deux pays. Parmi ceux-ci, « la corruption », soutenait alors notre interlocuteur. Une réalité encore aujourd’hui. « Dès qu’on vous voit avec un petit sac, les services camerounais à la frontière veulent en tirer le plus grand profit », avance Marie-Madeleine A., que nous rencontrons à quelques encablures de la frontière entre les deux pays en août 2018. Elle revenait du Cameroun justement avec un colis et révélait que « j’ai dû débourser la somme de 2 000 FCFA tout à l’heure pour passer la frontière ». Particulièrement indexé, le poste de contrôle phytosanitaire. « Sous le prétexte qu’ils doivent contrôler tout ce qui passe par cette frontière, les agents postés là fouillent vos sacs et concluent presque toujours à des produits incommodes à la consommation », estime un autre candidat au passage de la frontière. Les militaires jouent également leur partition dans cette musique corruptive. Ils fouillent tous les sacs, grands ou petits. Ce poste de recettes se charge des passants qui, déjà habitués au manège, reviennent souvent alors qu’ils ont traversé la frontière pour Beloko-Cantonnier [village centrafricain situé de l’autre côté de la frontière, ndlr]. « J’ai dû payer des amendes de 5 000 FCFA au total dans les deux escales pour passer avec les provisions que je leur apportais », explose une Centrafricaine qui était venue se ravitailler en viande de bœuf au Cameroun. Egalement mis en cause, les services des Douanes et du commerce. « Tous versent dans l’arnaque et déplument les commerçants chacun à tour de rôle, faisant ainsi du passage à cette frontière un véritable parcours du combattant », rapporte Marthe D., une commerçante de farine de couscous entre les deux pays.

La situation déjà décrite en mars 2016 n’a pas changé. Et lorsqu’on tente d’approcher les agents ou services incriminés, c’est au mieux motus et bouche cousue. Au pire, des menaces. Mais les plus courageux révèlent sous anonymat que « nous subissons la pression de nos chefs à qui nous devons faire des CR (compte-rendu, ndlr) au quotidien. Les quotas sont connus et vous devez tout faire pour les atteindre au risque de vous faire débarquer pour « insuffisance de résultats ». Mais on ne le dira jamais officiellement. » Du coup, soufflent concomitamment nos sources et des observateurs locaux de ces manèges, « se faire affecter ici est l’aboutissement d’un long processus et les fonds que nous déboursons, parfois jusqu’à 2 millions de FCFA, ne peuvent être remboursés que par ces méthodes certes répréhensibles. »  Difficile donc dans ce contexte de changer la donne, à la frontière entre le Cameroun et la RCA à Garoua-Boulaï.

Bernard Bangda

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