Flux financiers illicites

La Cemac au cœur du financement du terrorisme

C’est ce qui transparaît d’une tribune de l’ancien secrétaire permanent (SP) du Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (Gabac), Désiré Geoffroy Mbock, publiée dans l’édition du mercredi 2 mai 2018 de Cameroon-tribune (CT).

Dans son réquisitoire, l’auteur pointe un doigt accusateur vers « les opérations de transferts de fonds et de change manuel, certes  aux avantages socioéconomiques certains, mais qui comportent des risques croissants de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (BC/FT) ». Pour les transferts de fonds, ces risques sont liés à « une absence de réglementation spécifique, une faiblesse dans la traçabilité des transactions et l’absence d’un système de gestion et d’évaluation de ces risques  sur les nouveaux produits et les nouvelles pratiques commerciales ».

Dans ce contexte, l’analyse des données disponibles indiquent que, pour une zone (Cemac) qui connaît des difficultés économiques et financières, Désiré Geoffroy Mbock observe que « le volume consolidé des envois [à l’extérieur] à partir de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), au cours de la période 2013-2016, s’établit à 2 228,76 milliards de FCFA alors que les réceptions ne se situent qu’à 1 171,92 milliards de FCFA, soit un écart de 1 056,84 milliards de FCFA ».

Les chiffres donnent du tournis pour les transactions de la Cemac avec les différentes régions du monde. En effet, au cours de la période sus-indiquée, l’Afrique de l’Ouest a reçu de cette zone 774 689 521 760 FCFA contre 68 057 619 280 FCFA d’envoi en direction de la Cemac. Le fait pour les ressortissants de cette partie de l’Afrique d’être actifs dans le trafic illicite des pierres précieuses fait dire à M. Mbock que « Les produits de telles activités font l’objet de BC/FT dans certains pays de destination connus pour abriter des groupes terroristes ».

Le déséquilibre dans les échanges entre la Cemac et d’autres régions du monde s’observe également avec l’Afrique du Nord : « Les flux financiers entre les deux parties sont en défaveur de la première avec des sorties de 89 257 176 960 FCFA (avec 88% vers le Maroc et la Tunisie)  vers l’Afrique du Nord qui ne dépose que 15 812 824 160 FCFA en Afrique centrale, dont 70% en provenance de la Lybie ».  Si les envois au Maroc et en Tunisie peuvent se justifier par le financement des études de nombreux étudiants originaires de la zone Cemac, le tourisme sanitaire et les affaires, le Maroc reçoit également de l’argent pour le trafic des migrants. « Par ailleurs, écrit l’ancien SP du Gabac, il est fort probable que l’argent venant de la Lybie, exclusivement destiné au Tchad, ait servi à financer Boko Haram et des groupes djihadistes sévissant au Mali, au Niger et ailleurs en Afrique de l’Ouest. »

Liban

« Pour ce qui est du Moyen-Orient, les Etats de la Cemac ont envoyé 234 441 448 080 FCFA dans les pays de cette Région et n’en ont reçu que 47 496 770 160 FCFA », écrit Désiré Geoffroy Mbock. Qui poursuit : « A la première analyse des statistiques, on observe qu’avec 221 484 944 800 FCFA, le Liban et les Emirats arabes unis (EAU) ont, à eux seuls, reçu 94,4% des flux destinés au Moyen Orient. » Au cours de la période 2013-2016, les EAU, le Liban, l’Arabie Saoudite et le Qatar ont envoyé environ 87,71% de l’argent reçu par la zone Cemac. Une emphase est faite sur le Liban. En effet, l’auteur pense qu’« il est fort plausible qu’une partie non négligeable des fonds transférés vers ce pays soit d’origine criminelle (fraude fiscalo-douanière, trafic illégal et à grande échelle des bois rares, des minéraux précieux et même des stupéfiants, commissions issues de l’exploitation des parcs immobiliers construits avec l’argent provenant des détournements de fonds par des personnes politiquement exposées dont les Libanais servent de prête noms, etc.) et traduise un phénomène de blanchiment d’argent.

Bernard Bangda

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