Interview : Xavier Leprince, Head of Business Sustanability EAME à Syngenta

Quel est l’intérêt pour Syngenta d’investir en Afrique ?

L’Afrique a toujours été une priorité pour nous parce que c’est ici que se trouvent toutes les terres qui ne sont pas encore cultivées. Nous pensons qu’il faut exploiter ces terres vierges pour nourrir toute les populations en Afrique. Il ne s’agit pas seulement d’exporter de l’Afrique vers le monde entier mais nous voulons participer à l’auto suffisance alimentaire de ce continent. Il y a des pays qui réussissent plus que d’autres et c’est important de comparer les différentes ailes. La réussite du Rwanda avec la collaboration de la Banque mondiale et des ONG peut servir de modèle aux autres pays d’Afrique dans lesquels il faudra l’adapter en fonction des réalités locales. Il est temps que l’Afrique passe à une industrialisation de son agriculture dans le respect de l’environnement, un enjeu important. Par rapport à d’autres régions du monde comme l’Asie qui a connu un développement rapide en sous-estimant ces questions d’environnement. En Afrique aujourd’hui, nous militons pour le développement d’un modèle agricole qui respecte l’environnement.

Des ONG qui luttent contre la préservation de la biodiversité accusent souvent les entreprises qui utilisent des pesticides dans l’agriculture. Comment pouvez-vous rassurer les uns et les autres sur la qualité des vôtres ?

Nous sommes conscients de ce que les pesticides que nous utilisons pour les plantes ne sont pas anodins. Pour cela, nous menons des campagnes de sensibilisation pour amener les agriculteurs à se protéger eux-mêmes. En Afrique, c’est difficile à cause des conditions météorologiques, il fait chaud et les gens n’aiment pas porter des équipements qui augmentent cette sensation de chaleur surtout lorsqu’on est dans les champs. Ensuite, nous leur demandons de s’assurer que les doses utilisées sont celles recommandées et homologuées de sorte que les résidus n’aient aucun effet sur la santé des utilisateurs. Troisièmement, il faut faire attention aux emballages. Pour des pesticides non utilisés et ces emballages, Syngenta a un programme de récupération dans certains pays. C’est la somme de ces mesures qui permet d’utiliser les pesticides de manière sécurisée.

Vous avez raison d’évoquer des accidents et empoisonnements. La solution réside alors dans la réglementation du stockage et la vente des produits. Seulement, nous avons la chance que l’industrie des pesticides est l’une des plus réglementées aujourd’hui, plus que la pharmacie. Celle-ci traite les personnes mais pour les pesticides, il faut tenir compte de la protection en même temps de l’environnement, de l’utilisateur, des animaux et des plantes.

Quelle place pour le Cameroun dans les programmes de Syngenta ?

Au Cameroun, il y a deux volets. D’abord, le développement des grandes cultures industrielles qui, depuis toujours, n’ont pas souvent été respectueuses de l’environnement. Ce qui a entraîné l’appauvrissement des terres. En travaillant dessus, nous n’oublions que ce qui nous intéresse, c’est le sort des petits producteurs qui doivent bien gagner leur vie, nourrir leurs familles, envoyer leurs enfants à l’école. C’est un programme et vous verrez au cours de notre conférence comment on peut faire en sorte que des millions de producteurs camerounais ne quittent plus leurs terres pour s’agglutiner dans les grandes villes. Qu’ils y restent pour vivre de leur métier.

Ce qui est nouveau par rapport au passé, c’est l’arrivée de nouvelles technologies, notamment le Smartphone à partir duquel nous pouvons prodiguer des conseils aux agriculteurs, prendre des photos pour avoir un diagnostic en temps réel des problèmes rencontrés et avoir les solutions sans se déplacer.

Par ailleurs, pour développer l’agriculture, il faut des infrastructures. En Afrique, environ un tiers de la production est perdu après la récolte. La faute à l’absence d’infrastructures adéquates pour le stockage des produits. Du coup, ils moisissent et pourrissent sur place. Si on peut donc combiner développement agricole et infrastructures, on pourrait avoir de meilleurs rendements au Cameroun.

On pourrait également évoquer le volet formation pour parachever le tout.

Vous touchez là à un domaine qui me passionne personnellement. On ne peut rien faire sans éducation. Si on permet à un petit agriculteur d’envoyer ses enfants à l’école, on aura la relève. Nous encourageons l’accès à l’éducation des enfants dès le plus jeune âge jusqu’à l’université. Au Cameroun, comme en Afrique, il y a de très bons ingénieurs et des partenariats existent entre des grandes écoles africaines et des universités occidentales. Mais la difficulté réside d’abord dans l’accès à un programme complet puis, l’une des clés du succès est de pouvoir financer la scolarité des étudiants à l’étranger afin qu’ils reviennent au Cameroun prendre en mains la production locale.

Propos recueillis par Bernard Bangda

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