La Côte d’Ivoire et le Ghana gagnent la bataille des prix du cacao

Au terme du bras de fer qui opposait depuis quelques jours les deux pays d’Afrique de l’Ouest, premiers producteurs mondiaux de cacao, aux mastodontes du secteur, ces derniers ont finalement accepté de débourser au moins 2 600 dollars pour la tonne de fèves.

La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui représentent à eux deux plus de 60% de la production mondiale en fèves, ont fixé d’un commun accord à 2 600 dollars la tonne de fèves de cacao, a-t-on appris ce 13 juin 2019 du site spécialisé www.commodafrica.com. C’est le nouveau prix minimum d’achat du cacao pour la prochaine campagne principale 2019/20 qui démarre début octobre dans les deux pays. C’est plus de 1 000 dollars au-dessus des actuels prix bord champ. Qui sont de 1 290 dollars la tonne en Côte d’Ivoire et de 1 410 dollars au Ghana. Pour Yves Koné, le patron du Conseil du café cacao de Côte d’Ivoire, « c’est une rémunération décente pour le travail des cacaoculteurs ».
En attendant l’entrée en vigueur de ce prix plancher, la Côte-d’Ivoire et le Ghana ont annoncé la suspension, jusqu’à nouvel ordre, la vente de fèves de cacao sur la campagne 2020/21. Du côté des acteurs du marché (traders, transformateurs et industriels de la filière) réunis le 12 juin 2019 à Accra, la stratégie de mise en œuvre devra être définie au cours d’une réunion le 3 juillet à Abidjan. Le nouveau prix est également au-dessus des cotations sur les marchés à terme de Londres et de New York. En effet, à Londres, le marché à terme a clôturé le 12 juin 2019 en soirée en forte hausse en réaction aux réunions d’Accra, respectivement à 2 366 et 2 541dollars la tonne sur l’échéance septembre.
Pour rappel, dès la mi-février, la Côte d’Ivoire avait annoncé les couleurs en arrêtant de vendre son cacao aux enchères quotidiennes pour opter pour des contrats directs, de gré à gré, avec les grands acheteurs internationaux. Une posture similaire à celle du Ghana. Finalement, le 5 juin 2019, le Conseil du café cacao ivoirien a cessé ses ventes anticipées de cacao sur 2019/20.
La décision des responsables ivoiriens et ghanéens de faire front commun face aux géants mondiaux du cacao s’est nouée au fils des réunions depuis la grande instabilité des cours de 2016 qui a coûté si cher aux deux pays. Elle s’est concrétisée à la conférence internationale du cacao de Berlin au cours de laquelle le ministre du Commerce de Côte d’Ivoire, Souleymane Diarrassouba, avait déclaré que « sur les 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires de la filière chocolat au plan mondial, 6 milliards seulement reviennent aux producteurs ». Pour le ministre de l’Agriculture d’Equateur, Ruben Flores Agreda, « cela n’est pas un problème de prix mais de structure des prix ». Une structure qui, selon le ministre du Commerce du Cameroun, Luc Magloire Mbarga Atangana devra être modifiée pour atteindre « une rémunération équitable du producteur, fondement de la lancinante question d’une économie durable du cacao ».
Après cette bataille, la Côte d’Ivoire et le Ghana engagent une autre qui consiste à prendre leur part de la TVA perçue sur les prix des produits finis vendus aux consommateurs, comme cela avait été également évoqué à Berlin.
Rappelons que le marché mondial du cacao est actuellement plutôt bien approvisionné, avec un excédent estimé par l’Organisation internationale du cacao (ICCO) de 36 000 t sur 2018/19.
Bernard Bangda

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