Le sable de la Sanaga offre des emplois aux jeunes de Bélabo

L’abondance et la bonne qualité de ce matériau granulaire attirent la jeunesse de cette localité de l’Est Cameroun. Elle a fait de son exploitation une activité génératrice de revenus.

L’activité de creuseurs de sable a pris une allure fulgurante à Bélabo depuis quelques années. Elle est favorisée par la démographie galopante de Bertoua, le chef-lieu de la Région de l’Est, situé à 80 km de là. Avec la démographie, les besoins d’urbanisation amènent les populations de Bertoua à construire. Et à chercher du sable pour cela. « Si Bélabo est plus sollicitée que le village Longtimbi sur la route d’Abong-Mbang, c’est que son sable, issu du fleuve Sanaga, est de meilleure qualité », affirme Hyppolite Noah, un opérateur économique qui a assis sa réputation dans la vente du sable.

A Bélabo, ce sont des centaines de jeunes âgés entre 19 et 40 ans autochtones et allogènes qui se jettent dans les eaux froides de la Sanaga au quotidien. A l’aide des pirogues fabriquées de façon artisanale, des seaux et des pelles, ils plongent en profondeur et remontent à la surface avec du sable qu’ils déversent dans un premier temps dans la pirogue de fortune. « Il faut s’armer de courage pour plonger dans l’eau, surtout en saison des pluies comme c’est le cas actuellement. La marée est haute et vous connaissez tous le fleuve Sanaga. Nous travaillons en équipe de trois ou de quatre. D’autres cherchent le sable dans l’eau pour déverser dans la pirogue et dès qu’on fait le plein, on revient vers la côte », explique Guy Metet, jeune creuseur de sable au village Ebaka 2. Il dit gagner plus de 100 000 FCFA par mois. Ce qui lui permet de nourrir sa petite famille, d’envoyer ses enfants à l’école, de garantir leur santé d’assurer son avenir. « Je ne peux pas envier un salarié, car je suis sans contrainte et je parviens à me réaliser. Je ne compte pas demeurer creuseur de sable. J’ai des projets importants qui me permettront de ne plus travailler ici à un certain âge », avoue le gagne-petit visiblement fier de lui-même.

Afin de mieux réguler et contrôler l’activité, ces braves jeunes se sont constitués en coopérative. Les rôles et la rémunération étant bien définis pour chaque membre : « Cette organisation permet que chacun trouve son compte et du coup, nous évitons les conflits entre nous. Les plongeurs qui vont prendre le sable dans la Sanaga ont chacun leurs frais. Les transporteurs dans les pirogues et les déchargeurs connaissent également le montant de leur paie. A l’époque, les ventes se faisaient en désordre. Toutes choses qui étaient à l’origine de plusieurs conflits. Depuis que la coopérative des exploitants de sable a vu le jour, tous les rôles sont désormais encadrés et chacun des partenaires tire son épingle du jeu », relate Samuel Mongo Tsoé, président de la coopérative des exploitants de sable de Bélabo. En rappel, une benne de 10 roues et bien chargée du sable Sanaga, coûtent 200 000 FCFA (frais de carburant inclus à partir de la ville de Bertoua où les commandes sont majoritaires).

L’activité étant florissante, même les jeunes élèves et étudiants s’y lancent pour préparer leurs rentrées scolaires et académiques. « Après deux mois de travail ici, j’ai obtenu de qui m’acquitter de mes droits universitaires et acheter mes fournitures », confie Junior Bissoli, âgé de 20 ans et étudiant en 2ème année à l’annexe de la faculté des sciences juridiques et politique de l’Université de Yaoundé 2-Soa à Bertoua. « Pendant les vacances, nous avons eu une dizaine de stagiaires ici et chacun a pu trouver son compte. Ils ont tous pu payer leur scolarité grâce à ce travail et actuellement, ils sont prêts à retourner dans leurs établissements scolaires et universitaires », se réjouit le président de la coopérative.

Les creuseurs se plaignent de l’arnaque.

Selon le code minier en vigueur au Cameroun, l’activité est encadrée par la collectivité territoriale décentralisée localement compétente qui prélève une taxe relative à l’exploitation du sable dans sa circonscription. C’est ainsi que la commune de Bélabo a instauré une taxe spéciale à propos. Seulement, sur le terrain, des agents communaux chargés de percevoir cette taxe sont accusés de détourner l’argent qu’ils devraient déposer auprès du receveur municipal. La manœuvre consiste à retenir une partie des recettes pour soi-même et à reverser l’autre à celui qui les envoie collecter ces fonds sur le terrain. Selon des proches collaborateurs du maire de Bélabo, « cet argent n’est jamais rentré dans les caisses et si oui, à peine les 10% sont effectivement reversés ».

Entre-temps, les creuseurs de sable se plaignent de la surenchère autour de cette taxe communale. Ils dénoncent par ailleurs « l’escroquerie organisée par les éléments de la brigade gendarmerie de Belabo qui n’hésitent à exiger le paiement des frais de passages dans les postes de contrôle qu’ils ont créés aux sorties de la ville ». Les chauffeurs paient ainsi 5 000 FCFA par camion chargé de sable dès la sortie des côtes du fleuve Sanaga. Offusqués, les creuseurs de sable de Bélabo invitent les services compétents à venir mettre un terme au phénomène de corruption qui sévit à ciel ouvert. Dans le même sens, les principaux leaders demandent aux pouvoirs publics de les soutenir pour sortir de l’informel. « Pendant que nous payons nos frais et les éléments des forces de maintien de l’ordre nous arnaquent chaque jour, les routes sont en mauvais état et nos restons à abandonnés à nous même », s’indigne l’un des creuseurs de sable.

Bien plus l’activité n’est pas sans risques : « C’est vraiment pénible, surtout en saison sèche. Nous avons constamment des claquages, des maux de tête et de dos », rapporte Jean Evouna, un creuseur de sable, la quarantaine sonnée. Comme lui, de nombreux autres jeunes ont déjà pu se réaliser dans leur milieu de vie respectif dans l’espoir de bénéficier bientôt de l’encadrement des pouvoirs publics.

Gustave Epok

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