Union africaine : Les défis qui attendent Abdel Fattah el-Sissi à l’UA

Concrétisation de la Zone de libre échange africaine, lutte contre le terrorisme et poursuite des réformes de l’Union africaine constituent les axes majeurs du mandat d’Abdel Fattah al-Sissi à la tête de l’institution panafricaine en 2019.

Les 10 et 11 février 2019, les chefs d’Etat membres de l’Union africaine (UA) se retrouvent à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie, siège de cette institution. Occasion pour le résident rwandais, Paul Kagame, de passer la main à son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. Au cours de ces travaux placés sous le thème « Des réfugiés, des rapatriés et des personnes déplacées : pour des solutions durables aux déplacements forcés en Afrique », les regards seront donc tournés vers le nouveau président de l’UA. Dont le programme a déjà été décliné en décembre 2018 par son ministre des Affaires étrangères, Sameh Shoukry. Selon ce dernier, Abdel Fattah al-Sissi a un programme qui comporte trois priorités.

Dans un premier temps, le chef de l’Etat égyptien compte s’attaquer au « développement des échanges commerciaux et l’accroissement des opportunités d’investissement interafricains ». Question de concrétiser la Zone de libre échange continentale africaine (Zleca) signée par 49 Etats et ratifiée par 13 seulement dans un contexte où l’on a besoin d’au moins la moitié pour démarrer. Il faudra donc s’attaquer aux pesanteurs qui tirent encore vers le bas ce projet qui ouvre un vaste marché intérieur aux produits africains dont la compétitivité est régulièrement élimée par la tendance aux pays africains à consommer tout ce qui vient de l’Occident.

Ensuite, Abdel Fattah al-Sissi compte faire de la lutte contre le terrorisme l’une de ses trois priorités. Son pays, comme de nombreux autres en Afrique, est confronté à ce phénomène aux conséquences néfastes sur le développement du continent. Ces dernières semaines, le Burkina Faso est devenu le théâtre de multiples attaques terroristes qui prennent pour cible les soldats. Idem avec l’attaque revendiquée par Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) qui, le 20 janvier 2019 à Aguelhok au Nord-Est du Mali, a fait dix morts dans les rangs des Casques bleus tchadiens. Le Cameroun et le Nigeria ne sont pas non plus épargnés par les attaques de Boko Haram. Le Kenya, avec l’attaque du Dussit 2 le 15 janvier 2019. Pour le camp Al-Sissi, cette ambiance faite d’absence de sécurité est un des obstacles majeurs qui empêchent la venue d’investisseurs étrangers. Le troisième pilier de l’action du chef de l’Etat égyptien à la tête de l’UA est la poursuite des réformes initiées par son prédécesseur, le président Paul Kagame. Les observateurs estiment que ce dossier, principal cheval de bataille du président sortant durant son exercice, n’a pas avancé selon ses souhaits. La faute à certaines réticences de la part des Etats membres de l’Union.

Un tel programme fait dire au président de la Commission de l’UA (CUA), Moussa Faki Mahamat, qu’il attend « avec intérêt de pouvoir travailler avec le président Abdel Fattah el-Sissi». Le Tchadien avait reconnu lors de son message de vœux de fin d’année que « l’année 2018 a certes connu des avancées significatives, dont le continent peut tirer une légitime fierté, mais de nombreux défis persistent ». Selon Moussa Faki Mahamat, « les conflits et la violence restent une réalité qui affecte le quotidien de larges franges de la population africaine ; les processus de démocratisation et de promotion de la bonne gouvernance connaissent encore des fragilités ; la pauvreté et la misère sont le lot quotidien de centaines de millions de personnes alors même que le continent regorge de richesses et de talents ; la voix de l’Afrique sur la scène internationale est encore insuffisamment prise en compte, bien que le continent représente plus du quart des membres des Nations unies ». Un tableau qu’il brosse qui vient s’ajouter aux défis qui attendent le président égyptien en 2019.

Comme il est d’usage, la rencontre des chefs d’Etat est toujours précédée de deux réunions. D’abord celle des représentants permanents des membres de l’UA (Corep) qui s’est tenue le 16 janvier 2019, lançant ainsi les travaux du sommet d’Addis-Abeba. Dès le 7 février, et ce pendant deux jours, le Conseil exécutif des ministres des Affaires étrangères va se pencher sur les résultats des travaux du Corep et préparer les résolutions à soumettre à l’approbation des présidents.

Bernard Bangda, envoyé spécial à Addis-Abeba

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